[Respirateurs à Rs 77 millions] Pack & Blister : Zouberr Joomaye sous pression

L’enquête autour de l’affaire « Pack & Blister » continue de prendre de l’ampleur avec une nouvelle audition du Dr Zouberr Joomaye par la Financial Crimes Commission (FCC). L’ancien conseiller au bureau du Premier ministre sous l’ancien gouvernement a été entendu à deux reprises cette semaine, d’abord lundi « under warning », puis à nouveau jeudi matin, dans le cadre de cette investigation portant sur l’acquisition controversée de respirateurs durant la pandémie de COVID-19.

Au cœur de cette affaire : un contrat d’un montant avoisinant les 77 à 77,9 millions de roupies pour l’achat de respirateurs, à une période où le pays, comme le reste du monde, faisait face à une urgence sanitaire sans précédent. Ces équipements médicaux, essentiels pour la prise en charge des patients gravement atteints par le virus, avaient été acquis dans un contexte d’extrême urgence, où la pression sur les autorités était immense pour renforcer les capacités hospitalières.

Lors de sa première audition lundi, le Dr Zouberr Joomaye a été entendu « under warning », une procédure qui signifie que ses déclarations peuvent être retenues contre lui dans le cadre de l’enquête. Face aux enquêteurs, il a été appelé à s’expliquer en détail sur son rôle éventuel dans le processus décisionnel ayant conduit à la conclusion de ce contrat. Selon les informations disponibles, les questions ont notamment porté sur les circonstances entourant l’attribution du marché, les critères de sélection des fournisseurs ainsi que les mécanismes de validation utilisés à l’époque.

L’ancien conseiller a, pour sa part, présenté sa version des faits, mettant en avant le contexte exceptionnel de la pandémie. Il aurait insisté sur l’urgence sanitaire qui prévalait alors, expliquant que les décisions avaient été prises dans un climat de crise, où la rapidité d’action était primordiale pour sauver des vies. Dans ce type de situation, les procédures habituelles d’appel d’offres peuvent être adaptées, voire accélérées, afin de répondre à des besoins immédiats.

À l’issue de cette première audition, le Dr Zouberr Joomaye a été autorisé à quitter les locaux de la FCC, sans qu’aucune charge formelle ne soit retenue contre lui à ce stade. Toutefois, les enquêteurs n’en sont manifestement qu’au début de leurs investigations, comme en témoigne sa nouvelle convocation jeudi.

Lors de cette seconde audition, le ton serait resté technique, les enquêteurs cherchant à approfondir certains points jugés sensibles. Le Dr Joomaye a été invité à fournir des éclaircissements supplémentaires sur les décisions prises, ainsi que sur les échanges qui auraient pu avoir lieu entre les différents acteurs impliqués dans ce dossier. L’objectif pour la FCC est de reconstituer avec précision la chaîne de décisions ayant mené à l’acquisition de ces respirateurs, et de déterminer si les procédures ont été respectées ou si des irrégularités ont été commises.

Cette affaire s’inscrit dans un contexte plus large de scrutiny des dépenses publiques engagées durant la pandémie. À l’époque, de nombreux pays ont dû faire face à des critiques concernant la gestion de certains contrats d’urgence, souvent conclus dans des délais très courts et avec des contrôles réduits. À Maurice, l’affaire « Pack & Blister » soulève des interrogations similaires, notamment sur la transparence, la conformité des procédures et l’utilisation des fonds publics.

Le montant en jeu, supérieur à 77 millions de roupies, ainsi que la nature stratégique des équipements concernés, confèrent à cette enquête une importance particulière. Les respirateurs étant des dispositifs médicaux vitaux, toute décision liée à leur acquisition doit répondre à des exigences strictes en matière de qualité, de conformité et de coût.

Pour l’heure, aucune conclusion définitive n’a été tirée par la FCC. Le Dr Zouberr Joomaye, qui coopère avec les autorités, pourrait être appelé à nouveau à fournir des explications dans les semaines à venir. Son statut d’ancien conseiller au plus haut niveau de l’État confère à cette affaire une dimension politique non négligeable, même si l’enquête reste, à ce stade, strictement axée sur des considérations financières et administratives.

Les prochains développements seront déterminants pour établir les responsabilités éventuelles dans ce dossier. La FCC devra notamment analyser les documents contractuels, les communications internes et les témoignages des différentes personnes impliquées. L’enjeu est de taille : il s’agit non seulement de faire la lumière sur une transaction spécifique, mais aussi de renforcer la confiance du public dans la gestion des fonds publics, particulièrement en période de crise.

En attendant, l’affaire « Pack & Blister » continue de susciter l’attention, illustrant les défis auxquels les autorités ont été confrontées durant la pandémie, entre impératif d’urgence et nécessité de respecter les règles de bonne gouvernance.