[Rétablissement de la Sunday Allowance] Entre justice sociale et cohérence politique

Le Conseil des ministres a avalisé le rétablissement de la Sunday Allowance, à un taux révisé équivalent à une journée de salaire pour les fonctionnaires travaillant sur la base de shift/roster les dimanches.

Il est toutefois essentiel de rappeler le contexte ayant conduit à cette décision. Le « Pay Research Bureau » (PRB) avait recommandé l’abolition de la Sunday Allowance, estimant que le travail dominical faisait partie intégrante des conditions normales des grades shift/roster et qu’il était déjà compensé par des grilles salariales plus élevées et par d’autres allocations. Cette position, strictement technocratique, n’a cependant pas tenu compte du ressenti des travailleurs ni de la perception d’injustice qu’elle entraîne.

Face à la grogne croissante et aux inquiétudes exprimées par des employés concernés, le gouvernement, à l’écoute, a choisi une voie responsable en mettant sur pied un comité de haut niveau afin de réexaminer la question sous ses dimensions sociale, juridique et financière. Cette démarche contraste avec des décisions unilatérales prises par le passé, souvent sans concertation réelle, et marque une volonté de corriger une situation devenue socialement intenable.

Le rétablissement de la Sunday Allowance ne constitue pas un privilège excessif, mais une mesure de réparation sociale, reconnaissant que le travail le dimanche reste une contrainte lourde, même pour des agents soumis à des régimes de rotation. En même temps, le choix d’un taux révisé – et non d’un retour aux excès antérieurs – traduit une préoccupation claire de préserver l’équilibre économique, dans un contexte où l’État ne peut se permettre une dérive incontrôlée de la masse salariale.

Il convient de rappeler que l’ancien Premier ministre Pravind Jugnauth avait annoncé l’introduction du ‘double pay’ pour les fonctionnaires soumis au ‘shift system’ les dimanches dans son message du nouvel an le 1er janvier 2024. Or cette mesure n’avait été mise en application qu’après plusieurs, certains percevant même le paiement bien après que d’autres. Comme ce fut le cas pour la pension de vieillesse, cela ressemblait plus à une instrumentalisation des revendications sociales à des fins purement électoralistes. Cette approche, basée sur l’annonce plutôt que sur la planification, avait fragilisé la crédibilité de la politique sociale et laissé derrière elle des décisions mal encadrées juridiquement.

À l’inverse, la décision actuelle s’inscrit dans une logique différente : celle d’un arbitrage politique assumé, fondé sur des consultations, des avis techniques et une prise en compte réelle des impacts financiers. Elle envoie un signal clair : la justice sociale ne doit pas être un slogan de campagne, mais une politique publique structurée, cohérente et soutenable.

Le rétablissement de la Sunday Allowance est moins une concession qu’un choix politique : celui de ne pas faire porter aux travailleurs le poids d’ajustements technocratiques déconnectés de la réalité, tout en refusant les décisions populistes dictées par le calendrier électoral.