Rêver du rêve

Rêver du rêve

Quoi de plus beau que le rêve ? Il ne coûte absolument rien et vous plonge momentanément dans un pur délice. Au réveil, c’est la désillusion, la dure réalité, parfois cauchemardesque. Le pire, c’est quand on nous fait rêver. Pas besoin ici d’avoir recours à l’onirologie pour décrypter le mensonge. Depuis sa campagne pour les élections de décembre 2014, Lalians Lepep excelle dans l’art de nous faire rêver. Nous ne disconvenons qu.ellel a fait preuve d’altruisme en certaines occasions et a matérialisé quelques promesses. Mais il y a des mégaprojets  titanesques et tellement mirobolants que nous commençons par douter. Se concrétiseront-ils ? D’où puisera-t-il ces milliards ? Du secteur privé et des étrangers ? Et le gouvernement dans tout cela ? Ne prendra-t-il que des mesures d’incitation ? Ou bien continuera-t-il à bercer la population de promesses masturbatoires ?

 

Vishnu Lutchmeenaraidoo, utopiste ou visionnaire ? Vendredi, i il nous a présenté « l’un des plus gigantesques projets pensés pour Port Louis » ! Voilà notre capitale qui se métamorphose ! Super ! L’île Maurice imaginée par Jules Verne … Notre méditatif ministre des Finances nous rend dubitatifs. Perplexes, comme dirait l’autre,

Si depuis des lustres on ne parvient pas à rénover notre patrimonial Théâtre de Port-Louis, réussirons-nous à transformer une ville qui ressemble à un souk le jour et un cimetière la nuit en un lieu spacieux et vert ?

 

La décentralisation, la délocalisation de nombre de ministères et d’institutions est nécessaire pour décongestionner la ville tricentenaire qui est devenue un véritable goulot d’étranglement. On aurait dû depuis longtemps penser à l’utilisation de la voie maritime pour le transport de gens et de marchandise sur le littoral du nord-ouest.  Enfin, mieux vaut tard que jamais. Mais quand passera-t-on à l’action ? Le gouvernement réussira-t-il à métamorphoser Port-Louis d’ici 2020 ? Pari extrêmement difficile, voire impossible. Mais vivement souhaitable.

 

De toute façon, Lalians Lepep n’a pas pour marraine une fée. La capitale ne se changera pas en carrosse pour une citrouille. Le pays se modernisera, mais pas du jour au lendemain. Tout sera une question d’investissements financiers et de ressources. En aurons-nous suffisamment ? Ne devrons-nous compter que sur des pays comme la Chine, Dubayy et l’Afrique du Sud ? Les intentions exprimées n’ont de valeur qu’avec les espèces sonnantes et trébuchantes …

 

Il y a maintenant ceux qui concluent par extrapolation, à l’instar de certains membres du MMM qui trouvent dans cette démarche une action communautariste visant des marchands ambulants et des commerçants portlouisiens. L’ineptie de tels propos brocardera sans doute leurs auteurs, car il y a d’autres projets tout aussi mirifiques pour le port. Du moins sur papier. Après tout, Por-Louis restera la capitale de l’île et, faut-il le souligner, toute ville portuaire bourdonne d’activités.

 

Le gouvernement surfe sur l’hypothétique. Bien des projets sont perçus comme étant aléatoires. Ce qu’il nous faut dans l’immédiat, c’est du concret, comme le démantèlement des réseaux de drogue, la lutte contre le banditisme, des actions impitoyables contre les voleurs, les violeurs et autres démons qui ravagent notre quiétude. Assainissez nos villes et villages. Libéralisez le secteur télévisuel. Faites de la Freedom of Information Act une réalité. Créez des emplois. Construisez des maisons et appartements. Sanctionnez sans pitié ceux qui tuent sur nos routes. Pratiquez la méritocratie. Ne favorisez pas ceux et celles qui vous sont proches. Chances égales à tout le monde … Ce sont là les souhaits de tous les Mauriciens. Le rêve dont nous rêvons.

REZA ISSACK