[Scandale à la CNT] Des pièces payées jusqu’à 25 fois leur prix

  • Ces cas ne seraient que la partie visible de l’iceberg, selon le ministre Osman Mahomed

Un nouveau scandale secoue la ‘National Transport Corporation’ (CNT). Des révélations faites au Parlement par le ministre Osman Mahomed et des documents déposés à l’Assemblée nationale confirment une dérive inquiétante : des pièces détachées achetées à des prix exorbitants, parfois jusqu’à 25 fois leur valeur réelle de 2020 à 2024, sous la précédente administration.

À l’origine de ces révélations, une question parlementaire de la députée Stéphanie Anquetil. En réponse, le ministre du Transport terrestre, Osman Mahomed, n’a pas mâché ses mots : « Personne ne peut croire qu’un article puisse être acheté 25 fois son prix. C’est un véritable vol en plein jour ». Les documents déposés à l’Assemblée nationale sont accablants. Ils montrent des écarts de prix spectaculaires entre la valeur du marché et les montants effectivement payés.

Par exemple, un simple joint de vilebrequin, estimé à Rs 600, a été acheté à Rs 6 800. D’autres pièces affichent des hausses tout aussi choquantes, certaines dépassant cinq à dix fois leur prix habituel. Mais selon le ministre, ces cas ne sont que « la partie visible de l’iceberg ». Une liste plus longue, toujours en cours de compilation, ferait état d’abus encore plus importants.

L’affaire a désormais dépassé le stade des soupçons. Le ministre a confirmé que la « Financial Crimes Commission » (FCC) mène actuellement une enquête sur des achats de pièces détachées, incluant des produits potentiellement contrefaits, effectués entre 2020 et 2024.

Un fournisseur au cœur des transactions

Un nom revient de manière récurrente dans les documents : « AV World Spare Parts Ltd ». Selon les informations communiquées au Parlement, cette entreprise aurait obtenu plus de Rs 380 millions de contrats sur la période concernée, soit de 2020 à 2024. Elle apparaît comme le fournisseur privilégié de l’ancienne direction de la CNT. De quoi alimenter les interrogations sur d’éventuelles pratiques de favoritisme.

Au-delà des chiffres, les effets sont bien réels. Aujourd’hui, près d’un bus sur cinq de la flotte de la CNT est immobilisé en raison de pannes et de problèmes liés aux pièces détachées. Cela représente une centaine de véhicules hors circulation, alors même qu’ils sont encore en âge légal d’exploitation. Pour le ministre Mahomed, cette situation est directement liée à « une gestion défaillante et des pratiques corruptives ».

L’affaire a déjà connu un premier développement judiciaire majeur. L’ancien General Manager de la CNT, Rao Ramah, a été inculpé en décembre 2025 pour une affaire distincte liée à l’attribution d’un contrat de pneus. Le dossier a été transmis au Directeur des poursuites publiques (DPP), confirmant la gravité des soupçons qui pèsent sur l’ancienne direction.

Mais à ce jour, plusieurs zones d’ombre subsistent : Pourquoi l’ancien ‘General Manager’ est-il resté en poste malgré une enquête ouverte depuis 2023? Et comment expliquer l’absence de comptes financiers pendant près de dix ans ? D’ailleurs, d’autres révélations pourraient suivre. Une liste complète des achats suspects, accompagnée de documents justificatifs, doit être communiquée bientôt, assure le ministre Mahomed.

En attendant, une chose est sûre : avec des centaines de millions de roupies en jeu, une enquête en cours et une première inculpation déjà prononcée, l’affaire de la CNT s’annonce comme un dossier majeur, aux répercussions potentiellement lourdes.