Prêts toxiques, supervision défaillante, banques fragilisées, institutions affaiblies : derrière le discours de stabilité vendu pendant dix ans par le régime MSM de Pravind Jugnauth, les révélations successives à l’Assemblée nationale exposent aujourd’hui l’ampleur d’un désastre financier longtemps dissimulé. Alors que Renganaden Padayachy tente désormais de réécrire l’histoire, les chiffres, eux, racontent une autre vérité : celle d’un système économique miné de l’intérieur et dont Maurice paie encore le prix.
Pendant une décennie, le gouvernement MSM de Pravind Jugnauth s’est présenté comme le garant de la stabilité économique et financière du pays. Derrière les grands discours, surtout de son ex-ministre des Finances, Renganaden Padayachy, une autre réalité se dessinait : celle d’un système affaibli par le favoritisme, l’opacité, l’impunité et une dangereuse dégradation des institutions de contrôle. Aujourd’hui, les chiffres tombent. Et ils sont accablants.
Le scandale des quatre banques révèle l’ampleur des dégâts laissés derrière dix années de gouvernance MSM. Silver Bank, SBM, MauBank et la DBM : quatre institutions, quatre catastrophes financières, mais une même question qui revient avec insistance : où étaient les autorités de supervision, notamment la Banque de Maurice (BoM), pendant tout ce temps ?
Selon les révélations faites à l’Assemblée nationale par le Premier ministre, le Dr Navin Ramgoolam, près de Rs 25 milliards se sont évaporées des bilans bancaires sous forme de prêts toxiques, de créances douteuses, de pertes accumulées ou de fonds irrécouvrables. Ce n’est plus une série d’erreurs isolées. C’est un échec systémique, probablement délibéré.
Le cas de « Silver Bank » est probablement le plus choquant. Le rapport du conservateur révèle qu’en mars 2024, la banque affichait Rs 8,1 milliards de prêts non performants sur un portefeuille total de Rs 8,3 milliards. Autrement dit, pratiquement toute la banque reposait sur des crédits douteux.
Comment une institution financière peut-elle atteindre un tel niveau de décomposition sans intervention rapide des régulateurs ? La question est politique avant d’être technique. Car la Banque de Maurice, sous la direction de Harvesh Seegolam, avait précisément pour mission de surveiller ces dérives, d’identifier les risques, d’imposer des mesures correctives et d’empêcher l’accumulation d’actifs toxiques. Les responsabilités des directeurs de supervision sont clairement détaillées : contrôle prudentiel, surveillance des risques, recommandations correctives, sanctions éventuelles. Pourtant, pendant les années MSM, le système a laissé pourrir la situation.
La SBM, autrefois symbole de solidité bancaire mauricienne, a elle aussi sombré dans une spirale inquiétante. Entre 2014 et 2024, la banque a dû radier Rs 14,34 milliards de prêts. Une telle somme ne disparaît pas par accident. Elle traduit des années de mauvaises décisions, de prêts accordés sans rigueur suffisante, de gestion douteuse et surtout d’un climat où certaines élites semblaient protégées de toute conséquence. Pendant ce temps, les petites entreprises, les familles mauriciennes et les contribuables payaient le prix d’une économie de plus en plus fragilisée.
Le désastre ne s’arrête pas là. « MauBank » affiche aujourd’hui une valeur nette négative de Rs 2,95 milliards, conséquence directe de pertes accumulées depuis sa création en 2015. La « Development Bank of Mauritius » (DBM), censée soutenir le développement économique national, traîne elle aussi des centaines de millions de roupies de créances non performantes, notamment auprès de sociétés en liquidation ou sous administration judiciaire.
Le vrai coût du régime MSM
Ces chiffres révèlent une vérité brutale : sous le MSM, plusieurs institutions publiques et parapubliques ont été transformées en instruments de gestion politique plutôt qu’en piliers économiques solides. Pendant que des milliards de roupies disparaissaient dans les banques sous le regard défaillant des autorités de supervision, voilà qu’aujourd’hui Renganaden Padayachy tente de se refaire une virginité politique en donnant des leçons d’économie monétaire.
Car celui qui multiplie aujourd’hui les déclarations alarmistes et les fabulations autour de prétendues « impressions de Rs 83 milliards » était précisément ministre des Finances lorsque les plus graves dérives financières de ces dernières années se déroulaient sous la supervision de la Banque de Maurice. Aujourd’hui, celui qui a cautionné ou laissé prospérer un système bancaire gangrené par les prêts toxiques, les déficiences de supervision et les décisions irresponsables veut soudainement jouer au grand défenseur de l’orthodoxie économique. C’est une tentative grossière de manipulation de l’opinion publique.
Encore plus grave : ses déclarations irresponsables sur la « planche à billets » ont obligé la Banque de Maurice à intervenir publiquement pour dénoncer des « fake news » susceptibles de nuire à la réputation financière du pays et à la crédibilité de nos institutions. Et sur ce point, la gouverneure de la Banque de Maurice a eu parfaitement raison. Dans un centre financier international comme Maurice, on ne joue pas avec la confiance des investisseurs, la stabilité monétaire ou la réputation du système bancaire pour régler des comptes politiques ou tenter de détourner l’attention de son propre bilan catastrophique.
Les propos de Padayachy sont d’autant plus choquants qu’ils viennent d’un ancien ministre des Finances qui porte une lourde responsabilité politique dans l’effondrement de la gouvernance financière sous le régime MSM. Il ne peut pas aujourd’hui se présenter comme pompier alors qu’il faisait partie de ceux qui ont laissé le feu se propager.
Pendant dix années, le MSM a construit une image de prospérité artificielle à coups de propagande, de statistiques embellies et de grands projets annoncés avec fanfare. Mais derrière les vitrines, les fondations économiques s’effritaient. Quand un système bancaire devient vulnérable, ce ne sont pas seulement les banques qui tombent. C’est la confiance des investisseurs qui disparaît. C’est la réputation internationale du pays qui s’affaiblit. C’est toute l’économie qui devient plus fragile.
L’heure des réformes
Le Premier ministre a annoncé une restructuration du département de supervision de la Banque de Maurice, une révision du cadre légal bancaire et l’arrivée d’experts étrangers pour renforcer les capacités de contrôle. Le plus grand défi sera désormais de reconstruire la confiance : confiance dans les institutions, confiance dans la régulation, confiance dans l’intégrité du système financier mauricien. Car une économie ne peut prospérer durablement lorsque ceux qui doivent surveiller ferment les yeux pendant que le pays s’enfonce.
Heureusement, une réalité commence néanmoins à émerger : le pays est aujourd’hui engagé dans un travail de reconstruction et de nettoyage institutionnel. Le gouvernement actuel a hérité d’une situation fragilisée, avec une dette publique alourdie, des institutions affaiblies et une crédibilité financière entamée. Mais malgré cet héritage lourd, les premiers signaux de redressement commencent à apparaître.
Le FMI a récemment reconnu la résilience de l’économie mauricienne, soulignant la reprise de la croissance, la maîtrise progressive de l’inflation et la nécessité des réformes engagées pour restaurer la discipline budgétaire et renforcer la stabilité financière. Même si Moody’s maintient encore une perspective prudente sur Maurice après les dégâts accumulés sous le précédent gouvernement, l’agence reconnaît également les efforts entrepris pour corriger la détérioration budgétaire et restaurer la crédibilité économique du pays.
La confiance ne se reconstruit pas en quelques mois après dix années de mauvaise gouvernance. Mais contrairement au régime MSM qui a laissé les institutions se dégrader dans le silence et l’impunité, le gouvernement de Navin Ramgoolam semble avoir compris qu’aucune économie ne peut avancer durablement sans transparence, sans rigueur et sans crédibilité internationale.
Aujourd’hui, Maurice commence lentement à tourner la page d’un système qui a fragilisé son secteur financier et abîmé sa réputation. Le chantier est immense. Mais pour la première fois depuis longtemps, il existe une volonté réelle de remettre de l’ordre là où le MSM avait laissé le chaos.


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