[Silver Bank] Un braquage institutionnel commis sous l’ère MSM

Ce qui se dessine autour de Silver Bank dépasse largement le cadre d’une faillite bancaire. À la lumière des révélations faites au Parlement par le Premier ministre, suivant une interpellation du député Raviraj Beechook, mardi dernier, l’affaire prend les allures d’un système organisé, toléré, voire facilité, au plus haut niveau de l’État sous l’ancien gouvernement MSM dirigé par Pravind Jugnauth.

Le constat dressé par le Premier ministre est sans équivoque : une accumulation de décisions suspectes, d’alertes ignorées et de flux financiers massifs qui convergent vers une même conclusion, celle d’un détournement d’ampleur systémique.

Une banque née d’une anomalie réglementaire

Tout commence en 2021 avec une décision difficilement justifiable : l’autorisation donnée à une seule actionnaire, sans expérience bancaire, de détenir 75 % du capital d’une banque. Une entorse majeure aux principes de régulation, validée par les instances de l’époque. Dès ce moment, les bases du problème étaient posées : une institution bancaire construite sur une dérogation exceptionnelle, accordée sans garanties solides.

La suite est une succession d’alertes restées sans réponse : absence de comptes audités en 2022 et 2023, refus des auditeurs de s’engager, avertissements répétés de la Banque de Maurice et non-respect des restrictions imposées. Malgré cela, aucune intervention décisive. La banque continue d’opérer, accumulant les risques.

Les chiffres révélés par le Dr Navin Ramgoolam donnent la mesure du scandale :

  • Rs 7,7 milliards de prêts accordés à des entités liées ;
  • Rs 7,9 milliards transférés hors du pays ;
  • Un portefeuille de prêts composé quasi exclusivement de créances douteuses (Rs 8,1 milliards sur Rs 8,3 milliards).

Et au final, un constat accablant : à peine Rs 209 millions récupérés à ce jour.

Ces éléments ne relèvent plus de la mauvaise gestion. Ils dessinent les contours d’un système de transfert organisé de fonds.

L’argent public utilisé pour maintenir l’illusion

L’un des aspects les plus graves concerne l’implication directe de l’État :

  • Rs 3,55 milliards injectés par des organismes publics
  • encore Rs 907 millions exposés début 2026

Selon le Premier ministre, ces placements n’étaient pas anodins. Ils auraient été effectués délibérément pour donner une apparence de solidité à une banque fragile. Autrement dit : l’argent public utilisé comme levier de crédibilité artificielle.

Au fil des révélations, un schéma se précise : décisions contraires aux règles prudentielles, modifications de politiques d’investissement public, traitement privilégié accordé à certains acteurs et interventions provenant « des plus hautes autorités ».

À cela s’ajoute un fait révélateur : l’auditeur interne ayant mis en lumière ces irrégularités a été suspendu. Un signal clair d’un système où les lanceurs d’alerte sont sanctionnés, et non protégés.

Une affaire désormais criminelle et internationale

Depuis le changement de gouvernement, le dossier a basculé dans une dimension judiciaire : arrestations pour conspiration et blanchiment d’argent, analyse de dizaines de dossiers de prêts, dizaines de témoignages recueillis et traçage de fonds dans plusieurs juridictions. Une demande de notice rouge a été adressée à INTERPOL, et des procédures sont engagées dans plusieurs pays. Face à l’ampleur du scandale, le Premier ministre a annoncé une riposte sur plusieurs fronts :

  1. Renforcement du cadre légal

Un nouveau dispositif législatif (AML/CFT/CPF Bill) sera introduit pour durcir la lutte contre le blanchiment, renforcer les contrôles financiers et combler les failles exploitées dans cette affaire.

  • Réforme des institutions d’enquête

La police et de la Financial Crimes Commission seront réorganisées avec des spécialistes capables de tracer les flux financiers complexes et une montée en compétence sur les enquêtes financières internationales.

  • Traque des responsables

Objectif affiché : identifier, poursuivre et traduire en justice tous les acteurs impliqués, sans exception.

  • Récupération des fonds

Même si les chances restent incertaines, les autorités comptent remonter les circuits financiers, coopérer avec des juridictions étrangères et récupérer les avoirs détournés.

L’affaire Silver Bank ne se limite pas à une banque défaillante. Elle met en lumière une défaillance grave de la régulation, une instrumentalisation possible des institutions publiques et une confusion entre pouvoir politique et intérêts privés sous le règne MSM.

Derrière les chiffres et les procédures, une réalité s’impose : la confiance dans le système financier et institutionnel est en jeu. Le gouvernement promet des réformes et des poursuites. Mais une question demeure entière : s’agit-il d’un simple scandale… ou de la manifestation d’un système qui a fonctionné à couvert pendant des années sous le MSM ?