[Sous le règne de Lakwizinn] Goonda State

Divers scandales révèlent des dysfonctionnements majeurs dans la gestion du pays sous l’ancien régime de Pravind Jugnauth. Manipulation des statistiques économiques, dépenses controversées, mauvaise gestion des organismes publics comme la National Transport Corporation (NTC) ou la Central Water Authority (CWA) : ces affaires révèlent des pratiques relevant d’un État voyou, comme l’a dit le Premier ministre Navin Ramgoolam, et que nous qualifions de Goonda State…

Statistics Mauritius

Manipulation des chiffres

Une question posée par le député de Grand-Baie/Poudre d’Or, Ram Etwareea, a mis en lumière de graves accusations concernant la manipulation des chiffres de Statistics Mauritius. Selon le Premier ministre, Dr Navin Ramgoolam, elles auraient été orchestrées par le précédent gouvernement afin de donner une image erronée d’un prétendu boom économique, sapant ainsi la crédibilité des institutions nationales chargées de collecter et publier ces données.

Un exemple marquant a été la révision des prévisions de croissance du PIB pour 2021 : initialement estimée à 4,4 % dans le rapport Economic and Social Indicators publié le 28 juin 2021, cette prévision a été artificiellement augmentée à 5,4 % seulement deux jours plus tard, soit un bond de 100 points de base.

Le Premier ministre a également souligné que l’ancien président du Statistics Board, reconnu pour son intégrité professionnelle, a choisi de démissionner en juillet 2021 plutôt que de cautionner ces falsifications. Depuis, plusieurs changements de direction ont eu lieu, incluant la nomination de Charles Cartier en novembre 2021, qui lui aussi a récemment démissionné en novembre 2024.

Ces manipulations ont eu des répercussions profondes. Non seulement elles ont affecté la confiance du public envers les données économiques nationales, mais elles ont également attiré l’attention des agences internationales. Le rapport d’évaluation de Moody’s, publié le 16 décembre dernier, fait référence à ces pratiques sans précédent, soulignant leur impact négatif sur la réputation économique de Maurice.

Selon Dr Navin Ramgoolam, des actions ont déjà été entreprises pour réparer les dommages causés et restaurer l’indépendance de Statistics Mauritius. Une restructuration en profondeur de l’institution est envisagée pour rétablir son rôle de garant d’une information fiable et objective. Interrogé sur la possibilité de lancer une enquête sur ces allégations, il a indiqué que cette option est sérieusement envisagée.

Voyages d’Adrien Duval

Rs 748 112 pour trois missions en 78 jours

Le député de Flacq/Bon Accueil, Raviraj Beechook, a interrogé le Premier ministre au sujet des missions officielles effectuées par l’ancien Speaker de l’Assemblée nationale, Adrien Duval, durant son court mandat, du 19 juillet au 4 octobre 2024.

Dans sa réponse, le Premier ministre a précisé que l’ancien Speaker, celui-là même qui se targuait d’être le plus jeune Speaker au monde, a présidé quatre séances parlementaires et entrepris trois missions officielles à l’étranger durant cette période de 78 jours, allant du 18 juillet 2024 au 5 octobre 2024.

Ces missions incluaient :

• Une visite au Lok Sabha à New Delhi, Inde

• Le séminaire interrégional 2024 sur la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) à l’intention des parlements des pays en développement, en Chine

• La 10ᵉ Inter-Parliamentary Union Global Conference of Young Parliamentarians en Arménie

Pour ces déplacements, le Premier ministre a indiqué qu’un montant total de Rs 748 112 a été engagé par l’État pour couvrir les frais liés aux trois missions.

Honoraires d’avocats privés

Plus de Rs 14 millions dépensés pour l’ancien CP

Le député de Quartier Militaire/Moka, Govinden Venkatasami, a interrogé le Premier ministre, Dr Navin Ramgoolam, sur les services d’avocats et d’auxiliaires juridiques privés retenus par l’ancien CP, Anil Kumar Dip, entre août 2021 et novembre 2024, ainsi que sur les honoraires qui leur ont été versés.

Dans sa réponse, le Premier ministre a d’abord rappelé qu’avant 2015, la Police bénéficiait traditionnellement de la représentation juridique de l’Attorney General’s Office ou du Bureau du Directeur des Poursuites Publiques (DPP), les deux institutions fournissant leurs services gratuitement dans le cadre de leurs fonctions.

Toutefois, durant cette période, l’ancien Commissaire de Police a engagé les services de cinq avocats et d’une avocate privés pour huit affaires distinctes, entraînant des dépenses totales de Rs 14 288 825.30. Les montants versés, se décomposent comme suit :

NomRôleMontant (Rs)Notes supplémentaires
Amar OozeerAvocat34 500
Désiré BassetSenior Counsel2 991 437.50
Yashley ReesaulAvocat86 250
Ravi Raj YerrigadooAvocat603 750
Shamila Sonah-OriAvocate4 330 000
King’s Counsel britanniqueKing’s Counsel5 521 447.56+ 721 440.25 pour hébergement et billets d’avion

Le Premier ministre a dénoncé cette pratique comme une tentative manifeste de contourner les institutions juridiques indépendantes, notamment le Bureau du DPP. Il a estimé que ce recours à des avocats privés, en plus de coûter cher aux contribuables, visait à éroder l’intégrité professionnelle du DPP et de l’Attorney General’s Office.

Navin Ramgoolam a sévèrement critiqué l’ancien gouvernement, qu’il accuse d’avoir systématiquement sapé l’indépendance des institutions mauriciennes, dans ce qu’il qualifie de stratégie machiavélique visant à exercer un contrôle total. Il a rappelé des épisodes marquants, notamment la tentative d’arrestation de l’ancien DPP, qu’il considère comme sans précédent dans l’histoire du Commonwealth.

GRA : Plus de Rs 16 millions dépensés

Govinden Venkatasami a également interrogé le Premier ministre sur les dépenses engagées par la Gambling Regulatory Authority (GRA) pour des services juridiques ainsi que sur la rémunération d’un ancien membre du conseil d’administration, Dev Beekharry.

Dépenses liées aux services juridiques de la GRA (2019-2024)

Selon les informations fournies par la GRA, les services de trois conseillers juridiques ont été retenus entre 2019 et 2024, pour un coût total de Rs 9 988 995.

NomPériodeRémunération totale (Rs)Détails spécifiques
Ravi YerrigadooMai 2019 – à ce jour4 009 600Retainer mensuel fixe : Rs 46 000
Saya RagavoodooMai 2019 – à ce jour1 447 825
Krishnakantsing AuchoyburFév. 2022 – Nov. 20246 925 562Retainer mensuel : Rs 130 000 + Allocations de Rs 2 369 992

Rémunération de Dev Beekharry, membre du conseil d’administration de la GRA

Concernant la deuxième partie de la question, il a été révélé que Dev Beekharry, également connu sous le nom de Kreedeo Beekharry, ancien Senior Adviser au PMO, a été membre du conseil d’administration de la GRA depuis le 13 mars 2015. Il a également occupé le poste de vice-président du conseil d’administration à partir du 14 janvier 2022.

FonctionPériodeRémunération totale (Rs)Détails spécifiques
Membre du conseil d’administrationMars 2015 – Nov. 20243 334 000Rs 60 000 par mois en tant que Vice-Président à partir de janvier 2022

FSL : Près de 5 000 cas en attente

Le député de Port-Louis Sud/Central, Dr Farhad Aumeer, a interrogé le Premier ministre sur des allégations de manipulation de preuves au Forensic Science Laboratory (FSL) dans des affaires de “planting”. Selon ces accusations, des analyses ADN auraient été falsifiées pour incriminer des suspects en garde à vue. Qualifiant ces allégations de très graves, le Premier ministre a affirmé en avoir pris connaissance et a souligné la nécessité d’une enquête pour faire toute la lumière sur ces pratiques.

Le Premier ministre a également abordé les difficultés structurelles du FSL, en mettant en évidence son inefficacité et l’impact négatif de cette situation sur la rapidité des enquêtes criminelles. Les chiffres révélés et les défis rencontrés par cette institution clé mettent en lumière un besoin urgent de réformes.

CatégorieDétails
Nombre total d’employés71
Personnel technique51
Cas soumis au FSL (janv. 2022 – nov. 2024)44 710
Cas complétés39 836
Cas en attente4 874
Cas liés à la drogue en attente3 640 (depuis déc. 2023)
Échantillons nécessitant des analyses ADN500 (depuis août 2024)

Concernant la direction, l’ancienne directrice, partie à la retraite en février 2023, avait été réengagée sur contrat. Cependant, son mandat a pris fin en novembre 2024. Actuellement, les fonctions de direction sont assurées par le Chief Forensic Scientist le plus expérimenté. Une directrice étrangère engagée en 2010 avait démissionné en 2011 en raison de harcèlements et de menaces, révélant des résistances internes aux réformes nécessaires.

Pour remédier à cette situation, une restructuration profonde est en cours. L’objectif est de renforcer la crédibilité et l’efficacité du FSL en nommant une direction de calibre international, dotée de compétences scientifiques, administratives et en leadership.

NTC : Des milliards de subventions engloutis sans résultats

Le député de Savanne/Black River, Ravin Jugurnauth, a interpellé le ministre du Transport terrestre, Osman Mahomed, sur la situation financière et opérationnelle de la National Transport Corporation (NTC). Les révélations ont mis en lumière une gestion catastrophique de cet organisme public.

Les derniers comptes audités approuvés de la NTC datent de 2015, une situation qui révèle un dysfonctionnement majeur. Les comptes pour les exercices 2017 à 2020 n’ont été approuvés qu’en septembre 2024, soit plusieurs années de retard. Ce brusque effort de régularisation, à quelques semaines des élections générales, suscite des interrogations sur son opportunisme. Les comptes de 2020/2021 ne seront finalisés qu’à la fin de 2024, tandis que ceux des années 2021 à 2024 ne sont même pas disponibles. Cette situation rend impossible une évaluation claire de la situation financière réelle de l’entreprise.

Entre janvier 2020 et juin 2024, des subventions massives ont été nécessaires pour maintenir à flot une NTC en crise, comme le montre le tableau ci-dessous :

Type de subventionJanv.-Juin 2020 (en Rs)2020-2021 (en Rs)2021-2022 (en Rs)2022-2023 (en Rs)2023-2024 (en Rs)
Free Travel164 952 000329 904 000329 904 000329 904 000329 904 000
Support additionnel169 931 000354 420 000369 300 000284 146 000406 736 000
Wage Assistance Scheme102 811 00049 997 000130 535 000
Subvention diesel66 247 000183 892 000249 596 000
Acquisition de bus95 270 000

Ces chiffres mettent en évidence une dépendance massive aux fonds publics, tout en soulevant de graves questions sur la gestion de ces subventions. Le ministre a souligné que cette situation est inacceptable, d’autant que la NTC génère des milliards de roupies. L’absence de comptes finalisés complique l’évaluation de la viabilité financière de l’entreprise.

Le ministre a également critiqué la gestion passée, qualifiant le retard dans la préparation des comptes de « dérive inadmissible ». Pour remédier à cette situation, le nouveau conseil d’administration a récemment pris la décision radicale de licencier le directeur général, un acte qu’il a qualifié de nécessaire face à une situation intolérable.

En ce qui concerne la flotte, la situation est tout aussi préoccupante. La NTC dispose de 499 bus, avec un âge moyen de 11 ans, un indicateur d’une flotte vieillissante et mal entretenue. Récemment, un bus a pris feu à Chemin Grenier, exposant les lacunes graves en matière de maintenance et mettant en danger la sécurité des passagers. Une enquête indépendante a été ordonnée pour déterminer les causes de cet incident.

CWA : Rs 700 millions volatilisés

Le ministre de l’Énergie et des Services publics, Patrick Assirvaden, a répondu aux questions concernant un audit interne de la Central Water Authority (CWA), déposé à l’Assemblée nationale. Ce rapport a mis en lumière des irrégularités graves dans le programme de remplacement de conduites pour l’année 2023-24, révélant notamment que Rs 700 millions ont disparu des caisses de l’organisme.

L’audit interne, conduit par l’ex-Chief Internal Auditor Yousra Lalmohamed, a dénoncé une série de dysfonctionnements dans la gestion des fonds destinés au remplacement des conduites internes. Financé en deux tranches de Rs 350 millions, le programme a été marqué par une utilisation non conforme des ressources. Selon le rapport, près de 44 % des paiements ont été affectés à d’autres projets sans lien avec les objectifs initiaux, en violation flagrante des termes de l’accord signé en septembre 2023.

Le rapport critique également l’absence d’un compte bancaire distinct pour le programme, condition pourtant explicitement stipulée. Les paiements étaient transférés entre différents comptes, entraînant une gestion opaque et des coûts inutiles. Par exemple, Rs 20,9 millions ont été déplacées vers un compte général le 19 octobre 2023, rendant le suivi des fonds difficile.

En outre, des éléments essentiels à la bonne gouvernance, tels que des prévisions de trésorerie ou un comité de suivi, faisaient défaut. Ces manquements ont conduit à la recommandation de suspendre le versement de la seconde tranche de financement.

Interrogé par le député Farhad Aumeer, Patrick Assirvaden a dénoncé l’opacité de l’ancienne direction, en particulier celle de l’ancien directeur général Prakash Maunthrooa, qu’il a accusé de mauvaise gestion : « Rs 700 millions se sont volatilisées dans l’opacité la plus totale. »

Le ministre a également révélé que la CWA avait enregistré depuis janvier 2023 un nombre alarmant de départs, avec 128 démissions et neuf congés sans solde. Ce climat tendu illustre les profondes divisions au sein de l’organisation, exacerbées par le scandale du programme de remplacement des conduites. Il a confirmé qu’une enquête approfondie sera lancée pour déterminer les responsabilités et examiner les pratiques dénoncées. Toutefois, il a précisé que cette procédure nécessitera la recomposition du conseil d’administration de la CWA.