L’enquête sur un présumé réseau de trafic de drogue opérant entre La Réunion et Maurice a pris une nouvelle dimension avec l’arrestation, vendredi, de Gulshan Govind, 42 ans, époux de la Junior Minister aux Arts et à la Culture, Véronique Leu-Govind. Les enquêteurs de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) l’ont interpellé dans le cadre des investigations ouvertes après la saisie, dimanche dernier à Bras-Panon, de près de 100 kilos de cannabis que les enquêteurs soupçonnent d’être destinés au marché mauricien.
Dans la foulée de cette arrestation, une perquisition a été menée au domicile du quadragénaire à Case-Noyale. Les policiers y ont découvert une fiole de méthadone ainsi que quatre plants de cannabis, immédiatement saisis pour les besoins de l’enquête. Les investigations visent désormais à déterminer le rôle exact de Gulshan Govind au sein de cette présumée filière ainsi que ses éventuels liens avec les personnes arrêtées à La Réunion. Son interrogatoire se poursuivait vendredi soir.
Selon les informations disponibles, cette arrestation intervient dans le prolongement des échanges de renseignements entre les autorités mauriciennes et réunionnaises, intensifiés après l’importante opération menée dimanche dernier à Bras-Panon. Les enquêteurs cherchent désormais à identifier les ramifications mauriciennes de ce réseau et les destinataires de la cargaison interceptée avant son départ vers Maurice.
L’opération à l’origine de cette affaire s’est déroulée dans le secteur de la Rivière-du-Mât, à Bras-Panon. Alertés par des promeneurs ayant remarqué des mouvements suspects près du littoral, les gendarmes réunionnais sont rapidement intervenus et ont surpris plusieurs individus qui s’apprêtaient à charger une importante quantité de cannabis à bord d’une embarcation en partance pour Maurice.
À la vue des forces de l’ordre, le hors-bord a immédiatement pris la fuite. Malgré le déploiement d’un hélicoptère de la gendarmerie pour tenter de l’intercepter, l’embarcation est parvenue à disparaître en mer. Deux hommes présents sur les lieux ont néanmoins été arrêtés. Une dizaine de sacs contenant près de 100 kilos de cannabis ont été saisis.
Selon les autorités réunionnaises, cette opération avait été soigneusement préparée. Les autorités réunionnaises évoquent notamment une première tentative de chargement qui aurait échoué durant la nuit précédente, avant que les trafiquants ne reviennent sur les lieux le lendemain. Les investigations se poursuivent afin d’identifier l’ensemble des personnes impliquées dans cette organisation ainsi que les destinataires de la marchandise à Maurice.
Cette affaire relance également les interrogations sur la persistance de la route maritime reliant La Réunion à Maurice, considérée depuis plusieurs années comme l’un des principaux axes du trafic de cannabis dans la région. Malgré les nombreuses arrestations et les condamnations prononcées de part et d’autre de l’océan Indien, les organisations criminelles continuent de miser sur cette liaison maritime pour approvisionner le marché mauricien.
Le mode opératoire est désormais bien connu des services antidrogue. Les cargaisons sont généralement conditionnées dans des sacs étanches avant d’être acheminées vers des zones côtières isolées, où elles sont chargées à bord de hors-bords rapides capables de parcourir les quelque 230 kilomètres séparant les deux îles en quelques heures, le plus souvent de nuit afin d’échapper aux contrôles. Une fois à Maurice, la marchandise est rapidement redistribuée à différents intermédiaires avant d’alimenter le marché local.
Les bénéfices potentiels demeurent considérables. Le cannabis produit à La Réunion se revend à un prix nettement plus élevé à Maurice, ce qui continue d’attirer des réseaux criminels de plus en plus structurés. Les enquêteurs estiment que ces organisations reposent sur une logistique bien rodée, impliquant organisateurs, financiers, transporteurs et receleurs répartis entre les deux îles.
L’affaire de Bras-Panon s’inscrit dans une série d’opérations majeures menées ces dernières années contre ces filières transfrontalières. En avril 2023, les autorités réunionnaises avaient déjà intercepté une cargaison de 100 kilos de cannabis destinée à Maurice, à l’issue de plusieurs mois d’investigations. La valeur de cette cargaison avait alors été estimée à près de Rs 100 millions sur le marché mauricien.
Quelques mois plus tard, en septembre 2023, l’ADSU avait réalisé l’une de ses plus importantes saisies en interceptant près de 120 kilos de cannabis soupçonnés de provenir de La Réunion. Deux véhicules avaient été immobilisés après une course-poursuite et une embarcation suspecte avait également été saisie, les enquêteurs estimant que la drogue venait d’être débarquée sur les côtes mauriciennes.
En novembre 2024, une opération conjointe de l’ADSU, de la Mauritius Revenue Authority et des garde-côtes s’était soldée par la saisie de 100 kilos de cannabis transportés à bord d’un hors-bord revenant de La Réunion. Trois Mauriciens avaient été arrêtés et des armes à feu découvertes dans l’embarcation, mettant en évidence le niveau d’organisation et de dangerosité de ces réseaux.
En juin dernier, la justice réunionnaise s’est penchée sur l’un des plus importants réseaux de trafic de cannabis entre les deux îles. Six hommes ont comparu devant le tribunal correctionnel de Saint-Denis pour leur implication présumée dans plusieurs expéditions de drogue vers Maurice entre 2024 et 2025. Selon le parquet, chacun occupait un rôle précis au sein de l’organisation, des organisateurs aux transporteurs en passant par les intermédiaires chargés de réceptionner les cargaisons. Des peines pouvant atteindre sept ans d’emprisonnement avaient été requises.
Face à ces réseaux de plus en plus structurés, les autorités mauriciennes et réunionnaises ont renforcé leur coopération ces dernières années. Les échanges réguliers de renseignements permettent désormais de mieux suivre les mouvements des embarcations suspectes, d’identifier plus rapidement les membres des filières et de coordonner les enquêtes de part et d’autre du bras de mer séparant les deux îles.
L’enquête ouverte après la saisie de Bras-Panon se poursuit désormais sur les deux territoires. Les enquêteurs cherchent à établir l’étendue des ramifications de cette organisation présumée, à identifier les commanditaires de la cargaison ainsi que les personnes chargées de la réceptionner à Maurice. L’arrestation de Gulshan Govind constitue, à ce stade, le développement le plus récent d’une affaire qui pourrait encore connaître de nouveaux rebondissements.
Navin Ramgoolam invoque la présomption d’innocence et exclut toute ingérence
Interrogé par des confrères à la suite de l’arrestation de Gulshan Govind, époux de la Junior Minister Véronique Leu-Govind, le Premier ministre Navin Ramgoolam a estimé qu’aucun élément ne permettait, à ce stade, d’établir une implication de la Junior Minister dans cette affaire. Il a ainsi rappelé que le principe de la présomption d’innocence devait prévaloir tant que l’enquête est en cours.
Le chef du gouvernement a également indiqué que les autorités mauriciennes poursuivent leur coopération avec leurs homologues réunionnais afin d’identifier les personnes impliquées dans cette présumée filière de trafic de drogue reliant les deux îles. Il a réaffirmé la volonté de l’État de poursuivre les investigations jusqu’à leur terme et d’apporter une réponse ferme à ce type de criminalité.
Navin Ramgoolam a, en outre, assuré que les enquêteurs disposeront de toute la latitude nécessaire pour mener leurs investigations, sans intervention politique. Il a enfin insisté sur le fait qu’aucune tentative visant à entraver ou dissimuler le déroulement de l’enquête ne serait tolérée.


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