Après un premier budget essentiellement consacré à l’assainissement des finances publiques et au redressement de l’économie, le budget 2026-2027 ouvre un nouveau chapitre, celui de la relance, de la transformation économique et de la protection sociale mieux ciblée.
La philosophie générale est claire : soulager les Mauriciens là où la pression est la plus forte, notamment sur le pouvoir d’achat, tout en préparant le pays aux grands changements qui redessinent déjà l’économie mondiale. Le gouvernement cherche ainsi à tenir deux lignes en même temps : répondre aux urgences du quotidien et construire les bases d’un nouveau modèle de développement.
L’exercice reste toutefois contraint. Le pays doit composer avec une dette élevée, une marge budgétaire limitée, un environnement international instable, les effets du changement climatique, les tensions sur les prix, les défis démographiques et la nécessité de préserver la soutenabilité des finances publiques. Le message central est donc celui de la lucidité : on ne peut pas tout faire en un seul budget, mais il faut commencer à changer durablement la trajectoire du pays.
C’est dans cet esprit que le budget s’articule autour de quatre principes : responsabilité, solidarité, efficacité économique et justice sociale. Responsabilité, parce que l’État ne peut plus dépenser sans tenir compte de l’avenir. Solidarité, parce que les plus vulnérables doivent être protégés. Efficacité économique, parce que chaque roupie publique doit produire un impact réel. Justice sociale, enfin, parce que la croissance n’a de sens que si elle bénéficie à la population.
La première réponse apportée concerne le pouvoir d’achat. Dans un contexte où les ménages ressentent fortement le poids du coût de la vie, le gouvernement choisit de ne pas augmenter la TVA. Il mise plutôt sur des mesures visant à agir sur les prix : importation parallèle pour les produits alimentaires et les médicaments, renforcement du Fonds de Stabilisation des Prix, élargissement des subventions à davantage de produits de consommation courante, et soutien aux ménages pour réduire leur facture d’électricité à travers l’installation de panneaux solaires.
Ce choix est politiquement important. Il reconnaît que la bataille contre le coût de la vie ne peut pas se limiter à des compensations ponctuelles. Elle doit aussi passer par plus de concurrence, de meilleurs circuits d’approvisionnement, une réduction des intermédiaires et des solutions énergétiques plus durables pour les familles.
Sur le plan social, le budget tente de rééquilibrer le système. Le paiement de la pension à 60 ans est maintenu à travers une nouvelle formule, tout en engageant une réforme plus large pour assurer la viabilité du système à long terme. L’élargissement du ‘Social Register of Mauritius’ (SRM) permettra aussi de mieux soutenir les ménages les plus vulnérables. Le gouvernement envoie ici un signal : la solidarité nationale doit continuer, mais elle doit être plus juste, plus ciblée et plus soutenable.
La création d’un centre public de traitement pour les victimes de la drogue à Flacq constitue également une avancée sociale importante. Pour la première fois, l’État affirme clairement que la prise en charge, les soins et la réinsertion ne doivent pas dépendre uniquement des moyens financiers des familles. C’est une mesure qui place la lutte contre la drogue non seulement sur le terrain de la répression, mais aussi sur celui de la santé publique, de la réhabilitation et de la dignité humaine.
Le budget comporte aussi des mesures fortes en faveur de la famille et du monde du travail. L’extension du congé de maternité à un an, l’augmentation du congé de paternité à six semaines, l’introduction d’un congé menstruel et le report au lundi des jours fériés tombant un dimanche traduisent une volonté d’adapter la politique sociale à la réalité des familles, des femmes et des travailleurs.
Mais l’autre grande ambition du budget se trouve dans la transformation économique. Le gouvernement veut positionner Maurice dans les secteurs d’avenir : intelligence artificielle, digitalisation, start-ups, cloud services, économie bleue, industries créatives, économie circulaire, fintech, aquaculture, tourisme durable et technologies de pointe.
L’intelligence artificielle occupe une place centrale. L’objectif n’est pas de subir la révolution technologique, mais d’y préparer le pays. La formation de milliers d’enseignants, d’étudiants, de fonctionnaires, de travailleurs, de professionnels et d’entrepreneurs vise à démocratiser l’accès aux compétences de demain. Le message est simple : l’IA ne doit pas être réservée à une élite. Elle doit devenir un outil de productivité, d’apprentissage, d’innovation et de création d’emplois.
Le budget veut également provoquer une véritable révolution des start-ups. Avec une loi dédiée, un hub à Côte d’Or, un conseil public-privé, un accélérateur, un système de gestion numérique des brevets et une exonération fiscale de dix ans, le gouvernement veut créer un environnement où les jeunes, les innovateurs et les entrepreneurs peuvent transformer leurs idées en entreprises, en emplois et en exportations.
La Zone Économique Spéciale de Côte d’Or s’inscrit dans cette même logique. Elle doit devenir un espace d’investissement pour les secteurs numériques, l’intelligence artificielle, les industries avancées et la production orientée vers l’export. L’objectif est de diversifier l’économie, d’élargir la base productive du pays et de faire passer Maurice d’une économie de consommation et de services traditionnels vers une économie de création, d’innovation et de valeur ajoutée.
Le budget ne néglige pas pour autant les secteurs traditionnels. Au contraire, il propose de les réinventer. L’agriculture est appelée à jouer un rôle plus important dans la sécurité alimentaire. Le tourisme doit évoluer au-delà du modèle classique “sea, sun and sand”, avec davantage d’écotourisme, de tourisme culturel, de tourisme communautaire et d’expériences authentiques dans les régions. Le secteur manufacturier doit retrouver une base industrielle plus compétitive. Les services financiers doivent se moderniser tout en renforçant leur crédibilité, notamment face aux exigences internationales en matière de lutte contre la criminalité financière.
L’économie bleue représente une autre grande frontière de développement. Avec la création d’un centre international d’études océaniques, le développement de l’aquaculture, le soutien à la pêche semi-industrielle et la valorisation des ressources marines, le gouvernement veut transformer l’immense espace maritime de Maurice en moteur de croissance, de recherche, d’emplois et de sécurité alimentaire.
La transition écologique occupe aussi une place stratégique. Les panneaux solaires pour les ménages, les bâtiments verts, la gestion du littoral, l’économie circulaire, le projet Maurice Île Durable et la mise en place d’une Commission pour une transition juste montrent que le gouvernement veut inscrire la croissance dans une logique plus durable. L’enjeu n’est plus seulement de produire plus, mais de produire autrement.
Les investissements dans les infrastructures viennent compléter cette vision. Port, aéroport, routes, connectivité numérique, contrôle biométrique, modernisation logistique : ces projets visent à améliorer la compétitivité du pays, réduire les goulots d’étranglement et renforcer la capacité de Maurice à attirer des investissements.
Au final, ce budget cherche à donner une direction claire au pays. Il ne promet pas une transformation immédiate, mais pose les premières pierres d’un nouveau cycle. Sa force politique réside dans son équilibre : protéger sans compromettre l’avenir, réformer sans abandonner les plus vulnérables, investir dans les nouveaux secteurs sans délaisser les piliers historiques de l’économie.
Le Budget 2026-2027 se présente ainsi comme un budget de reconstruction, mais aussi de projection. Reconstruction des finances publiques, de la confiance, des institutions et du tissu social. Projection vers une économie plus moderne, plus verte, plus digitale, plus inclusive et mieux préparée aux défis de demain.
En somme, le gouvernement veut faire passer Maurice d’une logique de gestion des crises à une logique de préparation de l’avenir. C’est là toute l’ambition de ce budget : redonner de l’oxygène aujourd’hui, tout en construisant le Maurice de demain.
Les principales mesures par secteur
Pouvoir d’achat et coût de la vie
- Pas d’augmentation de la TVA.
- Importation parallèle autorisée pour les produits alimentaires et les médicaments.
- Rs 2 milliards additionnels injectés dans le Fonds de Stabilisation des Prix.
- Élargissement des subventions à davantage de produits de consommation courante.
- Jusqu’à Rs 75 000 d’aide pour l’installation de panneaux solaires résidentiels.
Pensions et protection sociale
- Paiement de la pension à 60 ans selon la nouvelle formule.
- Environ 2 000 ménages supplémentaires intégrés au Social Register of Mauritius.
- Création d’un centre public de traitement de la drogue à Flacq avec accès gratuit aux soins et à la réinsertion.
- Fin du cumul des pensions d’État pour les plus hauts dignitaires.
Famille, emploi et qualité de vie
- Recrutement de 6 000 personnes dans la fonction publique.
- Congé de maternité porté à un an.
- Congé de paternité porté à six semaines.
- Introduction d’un congé menstruel d’un jour payé par mois.
- Les jours fériés tombant un dimanche seront reportés au lundi.
- Accès gratuit à certaines infrastructures sportives régionales.
Intelligence artificielle et numérique
- Formation de 50 000 Mauriciens aux compétences liées à l’intelligence artificielle.
- Formation de 8 000 enseignants et déploiement d’outils d’IA dans les écoles.
- Création d’une plateforme nationale d’apprentissage de l’IA.
- Développement d’un écosystème de services numériques et de cloud computing.
Entrepreneuriat et PME
- Adoption d’une loi dédiée aux start-ups.
- Exonération fiscale de dix ans pour les start-ups.
- Création d’un hub dédié aux start-ups à Côte d’Or.
- Mise en place d’un Conseil national des start-ups et d’un accélérateur d’entreprises.
- Guichet numérique regroupant tous les programmes de soutien aux PME.
Investissements et infrastructures
- Création d’une Zone Économique Spéciale de haute technologie à Côte d’Or.
- Modernisation du port et développement d’un terminal à conteneurs.
- Investissements dans l’aéroport et mise en place de contrôles biométriques.
- Rs 2 milliards pour le projet autoroutier M4.
Agriculture et sécurité alimentaire
- Soutien aux petits planteurs et réhabilitation de terres agricoles.
- Aides à la filière thé.
- Renforcement de l’élevage et de la production animale.
- Construction d’un hôpital vétérinaire moderne.
- Renforcement de la sécurité alimentaire nationale.
Tourisme
- Développement de l’écotourisme, du tourisme culturel et communautaire.
- Création de villages touristiques intégrés.
- Renforcement de la promotion internationale de la destination Maurice.
- Mise en place d’un système de visa électronique.
Économie bleue et pêche
- Création d’un Centre international d’études océaniques.
- Développement de l’aquaculture et de la pêche semi-industrielle.
- Soutien à la pisciculture et à la production locale de poissons.
- Développement de nouvelles infrastructures pour la filière de la pêche.
Culture et industries créatives
- Reconnaissance des artistes comme travailleurs culturels.
- Création d’un pôle artistique et culturel national.
- Programme de soutien aux industries créatives.
- Réhabilitation des sites patrimoniaux et des musées.

Manisha Dookhony : « Une vraie capacité à composer avec des moyens limités
Pour l’économiste Manisha Dookhony, ce Budget reflète une vraie capacité à composer avec des moyens limités. « La marge de manœuvre du gouvernement était très restreinte, presque nulle », souligne-t-elle, avant d’ajouter que l’exercice a tout de même permis « des choses très intéressantes pour l’économie, pour le public aussi ». Elle voit dans les réformes annoncées pour réduire les dépenses de l’État un signe de discipline bienvenue.
Du côté des mesures économiques, l’attention de l’économiste se porte d’abord sur la future Start-Up Act, qui devrait, selon elle, multiplier les opportunités pour les jeunes dans des secteurs variés. Elle relève aussi le nouveau cadre prévu pour le secteur manufacturier, longtemps resté, à ses yeux, « le parent pauvre de l’économie », ainsi que le soutien apporté à la zone franche industrielle. Le futur cadre dédié au Private Wealth Management répond enfin, estime-t-elle, à une attente de longue date du secteur financier mauricien.
Sur l’intelligence artificielle, elle préfère parler de levier plutôt que de secteur : « l’IA est transversal », résume-t-elle, avant de souligner son potentiel pour la productivité du pays dans son ensemble. Elle salue par ailleurs l’implication personnelle du Premier ministre dans le suivi du rapport de l’audit, qui « donne le leadership qu’il faut ».
Les mesures en faveur des femmes lui semblent tout aussi pertinentes. À propos de la levée de l’autorisation du conjoint pour contracter un prêt, elle est catégorique : « ça va absolument dans le bon sens ». Même satisfecit pour l’extension du congé de maternité à douze mois, l’introduction du congé menstruel — une revendication de longue date — et les financements destinés aux projets portés par des femmes.
Sur le plan social, Manisha Dookhony retient l’effort consenti en faveur de la classe moyenne, fragilisée par plusieurs années de hausse des prix, à travers les importations parallèles via la STC et le renforcement du Price Stabilisation Fund. Elle invite enfin le gouvernement à maintenir le cap sur le remboursement de la dette publique, qu’elle considère comme un enjeu déterminant pour la signature financière du pays.

Gheerishsing Gopaul : « Une grande différence avec le budget de l’année dernière »
Pour Gheerishsing Gopaul, syndicaliste et président de la Mauritius Library Association, la comparaison avec le budget de l’an dernier joue clairement en faveur de cet exercice. Le maintien du taux de TVA arrive en tête de ses satisfactions : « un grand soulagement », résume-t-il, alors qu’une hausse était redoutée. Il nuance toutefois la mesure sur les produits sucrés : alors que leur prix va augmenter, celui du vin et de la bière reste inchangé. Une situation qu’il aurait souhaité voir inverse.
Le syndicaliste salue par ailleurs les baisses de prix annoncées sur certains produits de consommation, tout en regrettant qu’elles n’aient pas été étendues aux produits pétroliers, au gaz ménager ou encore aux véhicules électriques et hybrides. Sur le logement, il accueille favorablement l’exonération de droits d’enregistrement pour les first time buyers — jusqu’à trois millions de roupies pour un terrain, six millions pour un logement — qu’il qualifie d’« encouragement ». Il appelle néanmoins à surveiller l’évolution du coût des matériaux de construction, qui pourrait limiter la portée de cette mesure pour ceux qui envisagent de bâtir.
Au-delà de ces points précis, Gheerishsing Gopaul retient un grand nombre d’annonces positives, couvrant la blue economy, l’agriculture, le logement ou la sécurité, entre autres secteurs. Mais il insiste sur un point qu’il juge central : la mise en œuvre. Pour lui, l’enjeu n’est jamais l’annonce elle-même mais sa traduction concrète sur le terrain, un aspect qu’il entend suivre de près. Il en va de même, selon lui, pour le recrutement dans la fonction publique : si les 2 220 postes médicaux et paramédicaux annoncés pour la Santé sont bien accueillis, il souhaiterait davantage de précisions, ministère par ministère, sur les effectifs prévus ailleurs. À ses yeux, les nombreux projets d’infrastructure annoncés ne pourront tenir leurs promesses sans les ressources humaines nécessaires pour en assurer la qualité de service — un recours à la main-d’œuvre étrangère qui, insiste-t-il, ne doit pas se faire au détriment de l’emploi local.
Le volet social du Budget retient également son attention. Il qualifie d’« historique » l’extension du congé de maternité à un an, dont six mois à plein salaire et six mois optionnels à mi-salaire, y voyant un encouragement réel pour les familles. L’allongement du congé de paternité, porté de quatre à six semaines, recueille le même satisfecit. Quant au report systématique des jours fériés tombant un dimanche, il prédit que « tout le monde sera content ».
Sur la réforme des pensions, en revanche, Gheerishsing Gopaul reste prudent. S’il a noté les annonces concernant les députés et la transformation de la BRP en State Age Pension, il préfère attendre le texte complet de la réforme avant de se prononcer plus en détail sur ses implications.

Suttyhudeo Tengur : « Un soulagement immédiat aux budgets familiaux »
Du côté du président de l’Association for the Protection of the Environment and Consumers (APEC), Suttyhudeo Tengur, le verdict est nettement positif. Il attribue au Budget 2026-2027 une note de « 7,5/10 », saluant des mesures concrètes contre le coût de la vie, en faveur de la sécurité alimentaire, de l’accès au logement et de la préparation à la retraite.
L’association retient avant tout le renforcement de la protection du pouvoir d’achat, à travers une dotation supplémentaire de Rs 2 milliards au Fonds de Stabilisation des Prix et l’extension des subventions à plusieurs produits essentiels — corned beef, mouton en conserve, thon, aliments pour bébés, macaronis, lentilles, haricots rouges et viande en conserve. Des mesures qui, selon l’APEC, devraient apporter « un soulagement immédiat aux budgets familiaux » dès leur entrée en vigueur le 1er juillet 2026. L’association voit aussi dans le recours de la STC à l’achat en gros, assorti de marges plafonnées, un levier pour faire baisser les prix de détail tout en stimulant la concurrence sur le marché.
L’introduction d’une législation contre la fixation abusive des prix et d’un cadre pour les importations parallèles est présentée comme une réponse à des revendications de longue date des associations de consommateurs, susceptible de peser à la baisse sur les prix des produits pharmaceutiques et des biens importés. Côté épargne, l’APEC qualifie d’« innovante » l’introduction d’un Obligation d’Épargne Retraite offrant jusqu’à 6 % d’intérêt annuel, qui pourrait inciter à l’épargne longue tout en offrant un rendement supérieur aux dépôts classiques.
L’association se montre en revanche plus circonspecte sur la réforme des pensions, qu’elle juge « politiquement et socialement sensible », assurant que de nombreux consommateurs suivront de près si les prochaines étapes de la réforme préservent le pouvoir d’achat et la dignité des personnes âgées. Elle salue par ailleurs l’absence de hausse générale de la TVA ou des impôts directs, un choix qui devrait être bien accueilli par des ménages déjà sous pression. Elle relève enfin que la nouvelle taxe de 10 % sur certaines ventes d’appartements sur terrains de l’État, ainsi que les restrictions imposées à la propriété étrangère, pourraient avoir des répercussions sur certains segments du marché immobilier.

Jayen Chellum : « Il fallait maintenir la TVA à ce niveau »
Premier motif de satisfaction pour Jayen Chellum, secrétaire général de l’Association des Consommateurs de l’île Maurice (ACIM) : le maintien du taux de TVA à 15 %, alors que plusieurs rumeurs annonçaient une hausse sur les produits de luxe. « Dans le contexte actuel, il fallait maintenir la TVA à ce niveau », juge-t-il, rappelant qu’une hausse se serait immédiatement répercutée sur les prix.
Il se félicite également du plafonnement des prix annoncé sur plusieurs produits de consommation courante, des mesures qu’il attribue en partie aux propositions formulées par l’ACIM. L’ouverture du marché à l’importation parallèle recueille la même adhésion, notamment dans le secteur pharmaceutique, longtemps dominé par quelques grandes compagnies. Il espère que la mesure ne se limitera pas aux médicaments génériques mais s’étendra à d’autres molécules moins coûteuses, et veut croire qu’elle « va faire diminuer le prix de certains produits » — tout en appelant à la vigilance face au risque de surfacturation déjà observé par le passé.
Sur le mécanisme de plafonnement adossé au Fonds de Stabilisation des Prix, il insiste sur la nécessité d’un suivi rigoureux : son efficacité contre l’inflation dépendra, selon lui, d’une plus grande transparence sur les prix pratiqués, afin de s’assurer que les commerçants n’appliquent pas de majorations artificielles.
Concernant la taxe sur les produits sucrés, relevée cette année pour lutter contre le diabète, Jayen Chellum estime que l’effort devrait aussi viser les fabricants de boissons sucrées. Il réitère une proposition de longue date de l’ACIM : l’introduction d’un étiquetage d’avertissement sur les boissons gazeuses, à l’image de ce qui existe pour le tabac — une mesure que le ministère de la Santé avait déjà étudiée sans qu’elle ne soit retenue jusqu’ici. Il se montre aussi attentif à l’extension de la taxe d’accise de Rs 2 à l’ensemble des bouteilles en plastique, et non plus aux seules boissons, qui pourrait selon lui peser sur le prix de certains produits du quotidien.
Plus réservé sur la réforme des pensions, il en reconnaît la nécessité tout en s’inquiétant de l’impact du seuil de revenu retenu pour la State Age Pension, qu’il juge inférieur au salaire minimum national, fixé à environ Rs 18 000. Il aurait par ailleurs souhaité un processus de consultation plus large autour de cette réforme, associant davantage les différentes composantes de la société au-delà du seul comité d’experts mandaté par le gouvernement.

Anushka Virahsawmy : « Très satisfaite du futur Domestic Abuse Bill »
Anushka Virahsawmy, directrice de Gender Links Mauritius, se félicite de la suppression de l’obligation d’obtenir l’autorisation du conjoint pour qu’une femme puisse contracter un prêt, une mesure qu’elle juge attendue : « il fallait faire ça depuis très longtemps », affirme-t-elle, se réjouissant de voir cette avancée concrétisée.
Elle salue également les avancées contenues dans le futur Domestic Abuse Bill, à l’élaboration duquel son organisation a été consultée, se déclarant « très satisfaite » d’un texte qui couvre notamment la question des féminicides ainsi que différents types de violences.
Sur le congé menstruel, elle accueille la mesure favorablement, tout en estimant qu’elle aurait pu s’accompagner d’un volet de recherche médicale spécialisée, pour mieux comprendre les douleurs menstruelles invalidantes que connaissent certaines femmes et explorer des pistes d’accompagnement ou d’intervention.
Elle se montre également favorable à l’extension du congé de maternité à six mois, ainsi qu’à la revalorisation de l’allocation mensuelle des carers, qui passe de Rs 3 500 à Rs 4 250.

Shahannah Abdoolakhan : « Un signal fort aux marchés internationaux »
Dans une tribune consacrée à ce Budget, Shahannah Abdoolakhan, fondatrice et CEO d’Abler Group, choisit un angle différent de la lecture strictement fiscale habituelle. Pour elle, un budget marquant ne se mesure pas à ses chiffres mais à sa capacité à transformer durablement un pays — et c’est précisément sur le terrain de la gouvernance que cet exercice se distingue.
Elle observe que les investisseurs et institutions financières internationales qu’elle conseille à travers plusieurs juridictions s’intéressent de moins en moins à la seule compétitivité fiscale. Leur véritable préoccupation porte désormais sur la solidité des institutions, la prévisibilité de la réglementation et la capacité d’un pays à mettre en œuvre ses réformes de manière cohérente dans le temps.
À cet égard, elle salue les engagements pris pour préparer Maurice à l’évaluation mutuelle de l’ESAAMLG en 2027, le renforcement du dispositif de lutte contre la criminalité financière, la création de la National Crime Agency, l’amélioration de la transparence sur les bénéficiaires effectifs ainsi que la modernisation du cadre réglementaire. Pour elle, ces mesures ne relèvent pas de la simple conformité technique : elles envoient un signal fort aux marchés internationaux sur le sérieux avec lequel Maurice aborde sa gouvernance — un atout devenu, selon elle, aussi stratégique que la fiscalité pour les grandes places financières internationales.
Elle s’arrête également sur l’objectif de 25 % de femmes au sein des conseils d’administration des entreprises parapubliques, qu’elle considère non seulement comme une mesure de diversité, mais aussi comme un levier de gouvernance. Elle insiste toutefois sur un point : cette diversité ne doit jamais se faire au détriment de la compétence, et appelle à élargir le vivier de femmes prêtes à occuper ces fonctions tout en renforçant la transparence des processus de nomination.
Sur le volet entrepreneurial, elle accueille favorablement les mesures en faveur des start-ups, de l’intelligence artificielle et de la transformation numérique — notamment le futur Start-Up Act et l’exonération fiscale de dix ans pour les jeunes entreprises éligibles. Mais elle rappelle que les incitations fiscales ne suffisent jamais à elles seules à convaincre les entrepreneurs : ce qu’ils recherchent avant tout, c’est la certitude qu’apportent des institutions efficaces et une réglementation prévisible.
Pour Shahannah Abdoolakhan, la réussite de ce Budget ne se mesurera donc pas au nombre de mesures annoncées, mais à la capacité du gouvernement à transformer ces engagements en institutions plus fortes et en confiance durable des investisseurs. Une seule notion résume, selon elle, l’enjeu véritable de cet exercice : la « confiance ».

Business Mauritius : « Le véritable défi résidera dans sa mise en œuvre »
Business Mauritius accueille favorablement les grandes orientations du Budget 2026-2027, estimant qu’elles rejoignent plusieurs recommandations formulées par le secteur privé lors des consultations prébudgétaires. Lors d’une conférence de presse tenue vendredi soir, son président, Arnaud Lagesse, a souligné que Maurice se trouve à un moment charnière, où la relance de la croissance devra passer par l’investissement privé, une meilleure productivité et une collaboration accrue entre les secteurs public et privé.
L’organisation s’est dite encouragée par plusieurs annonces, notamment celles liées à l’intelligence artificielle, aux infrastructures numériques, au développement de l’écosystème des start-up, à la stratégie migratoire ainsi qu’aux réformes des pensions. Les mesures touchant à la sécurité alimentaire et hydrique, à l’économie bleue, à la réhabilitation côtière et aux énergies renouvelables ont également été saluées.
Business Mauritius voit aussi d’un bon œil la volonté affichée du gouvernement de s’appuyer davantage sur les partenariats public-privé afin de concrétiser plusieurs projets structurants pour l’économie.
L’organisation a toutefois insisté sur la nécessité d’examiner plus en détail certaines mesures et leurs modalités d’application. Elle souhaite notamment évaluer l’impact de l’allongement du congé de maternité, de l’introduction d’un jour férié compensatoire lorsque certaines fêtes tombent un dimanche, ainsi que du nouveau régime fiscal applicable aux hauts revenus.
Tout en se montrant globalement positive quant à la direction prise par le budget, l’organisation patronale estime que le véritable défi résidera dans sa mise en œuvre. Elle appelle à des plans d’action clairs, assortis d’échéanciers, d’indicateurs de performance et de mécanismes de suivi afin de garantir la concrétisation des réformes annoncées.


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