Younus Algohar (Maître sufi en visite à Maurice) : « Je ne suis qu’un humble serviteur au service de l’Homme»

Dans notre courrier

« Je ne suis pas un maître sufi. Je ne me considère pas comme tel. Je ne suis qu’un humble serviteur au service de l’Homme»-propos de Younus Algohar en visite à Maurice depuis le 5 novembre dernier. Il est reparti jeudi dernier pour Londres. Touché par l’hospitalité mauricienne, il compte y retourner pour un plus long séjour.Ci-dessous ,l’essentiel de l’interview qui a été realisée et envoyée par un fidèle lecteur .

Qui est Younus Algohar ?

Je dirai d’emblée en tant qu’humain j’ai vécu une vie normale. Je suis d’origine pakistanaise. Je suis sportif. J’aime bien l’athlétisme et le cricket. J’aime aussi la musique. Je dois dire que j’aime la musique soufique mais non moderne. D’ailleurs, j’ai toujours eu une préférence pour ce type de musique. J’ai épousé une Marocaine qui parle français et je suis certain qu’elle sera enchantée de vous lire (rires). Je suis père de quatre enfants, dont deux filles et deux fils. Professionnellement je suis dans les affaires…

…parlez-nous de votre parcours spirituel, si vous le voulez bien ?

Depuis mon jeune âge j’ai toujours été un pratiquant. Je faisais mes cinq prières quotidiennes et j’aimais bien me rendre à la mosquée pour la prière de l’aube. Je ne sais pas comment s’est développé en moi un amour ardent pour le prophète Muhammad SAW. J’ai toujours eu ce désir de le voir. Mais à un certain moment j’étais attristé par le fait qu’il existe au sein de l’islam trop de congrégations. Certains parlent de ceci et d’autres de cela, comme dans une bataille d’idées. Tout cela me dégoûtait et je ne pouvais plus aller à la mosquée et j’avais même cessé d’autres types de prières surérogatoires. Et ce, jusqu’au moment où j’allais rencontrer mon maître spirituel.

C’était un jour au collège quand j’ai entendu un ami qui conversait avec un autre ami tentant de le convaincre de rencontrer son maître spirituel. Au bout de deux heures, cette tentative a été vaine. Alors moi, par amitié pour mon ami et attristé par sa non-réussite, je lui ai dit de m’emmener chez son guide spirituel. Je n’avais à ce moment-là aucun intérêt spirituel particulier. C’était juste pour qu’il ne se sente pas déçu. Un rendez-vous a été pris le lendemain à 18 heures. Toutefois, un autre ami m’avait invité au cinéma ce jour-là. La tentation du cinéma était plus forte que d’aller rencontrer ce grand personnage. J’étais donc au cinéma et, pendant la séance, celui qui m’avait donné rendez-vous à 18 heures était venu me voir pour me rappeler de cette rencontre. Finalement, j’ai été obligé d’abandonner mon film et je me suis rendu chez le maître spirituel. C’était comme-ci il m’avait déraciné de mon siège.

Arrivé devant celui qui allait transformer ma vie, j’étais sous le choc en le voyant. J’étais perdu. Je ne cessais de regarder, voire même admirer, la beauté qui émanait de son visage. Mon cœur cessait de battre. Je n’étais pas de ce monde et je ne peux pas trouver des mots pour expliquer cette sensation à ce moment-là. Au fait, le vide qu’il y avait en moi était comblé par la présence de ce personnage.

….Il s’appelle comment votre maître spirituel ?

Sayedna Riaz Ahmed Gohar Shahi.

Poursuivons avec ma rencontre avec mon maître. Il m’a ensuite demandé si j’étais prêt pour être initié sur la voie. Lui répondant à l’affirmatif il m’a donné le formule qui allait ouvrir mon cœur vers cette voie. Et à peine une demi-heure après, j’entendais mon cœur lire l’attestation « LAA ILAA HA ILLALLAH », sans que je ne bougeais mes lèvres. Mon cœur faisait ce « zikr » alors que je ne récitais rien.

….Et vous aviez quel âge alors ?

16 ans. En entrant chez moi ce soir là, quand je m’étais assis sur le lit j’entendais clairement cette attestation de « LAA ILAAHA ILLALLAH » et même les murs de ma chambre récitaient ce zikr. C’était une expérience extraordinaire. Indescriptible. J’étais devenu comme muet et mon esprit ne fonctionnait plus. Mon intellect était accaparé par cette expérience spirituelle.

Le mot « soufisme »fait tiquer bon nombre de personnes. C’est quoi justement le soufisme ? Pourquoi tant d’appréhension ?

En effet, beaucoup de personnes expriment de doute sur le soufisme. Ils pensent que le soufisme n’émane pas du coran. Or le soufisme est un titre (Ndlr : une entité) donné à la réalité de l’islam. Même ceux qui s’attachent à la charia (aux lois islamiques) ne peuvent nier que l’islam commence avec l’affirmation verbale de l’unicité d’Allah et Muhammad SAW comme le dernier messager et que sa vérification doit se faire au niveau du cœur. Toute chose dans l’islam a à faire avec le cœur. Ceux qui croient que le soufisme n’est pas l’islam ils font preuve de méconnaissance du coran et de l’islam. Le coran nous rappelle que ceux qui ont pu purifier leur cœur bénéficieront d’une Lumière de leur Créateur. L’islam met beaucoup d’accent sur cet exercice de purification du cœur. Le prophète Musa (AS) n’avait-il pas demandé à Allah d’ouvrir son cœur et de lui faciliter la parole ? Il était pourtant un prophète de Dieu.

Alors que Musa (AS) a demandé à Dieu d’ouvrir son cœur, au chapitre 94 Allah dit à Muhammad SAW au premier verset : « Ne t’avons-nous pas ouvert le cœur ? ». Par extension, ce message est adressé à l’Ummah du prophète de l’islam. C’est intéressant de noter que Musa (AS) a supplié Dieu pour cette faveur alors que l’Ummah de Muhammad SAW a eu cette faveur sans en avoir demandé. Aussi le coran nous dit celui qui devient un « mu’min », Allah guidera son cœur. Ceux qui récitent l’attestation que de leur langue ne jouiront pas de guidance ou de purification de cœur.

Quelle est la différence entre un musulman et un « mu’min » ?

Il y a une grande différence entre les deux. Il y a un verset coranique qui relate qu’un groupe de personnes a embrassé l’islam et il se dit « mu’min ». Ce verset continue en stipulant : dis leur qu’ils sont devenus musulmans et que le « mu’min » est celui dont cette attestation est devenue une réalité au niveau de leur cœur. Le « mu’min »est celui qui récite constamment le rappel d’Allah de son cœur. Personne n’est « mu’min » aussi longtemps que son cœur n’est pas trempé dans le zikrullah. Le prophète de l’islam avait une fois dit à Imaam Ali (RA) de fermer les yeux et d’écouter le cœur lisant « LAA ILAAHA ILLALLAH ». En plus, le coran nous ordonne de ne pas prendre comme guides ceux dont le cœur ne récite pas le rappel d’Allah. « Do not follow those whose hearts are heedless of my zikr. Ceux qui ne croient pas à cela font montre d’ignorance du coran et de l’islam. Muhammad SAW nous dit : « mes yeux sont fermés mais mon cœur ne s’endort pas ». Bon nombre d’érudits soit ne savent pas ou ils font semblant comme celui qui ferme ses yeux devant le lion disant que le lion n’existe pas.

Qui vous a donné ce titre de « sufi master » ?

En vérité je ne suis pas un maître sufi. Ni je me surnomme « sufi master ». Je ne me considère pas comme tel. Je ne fais que propager le message de mon maître spirituel qui m’a donné l’autorisation d’initier le cœur de ceux qui sont voués à cette voie. Je ne suis qu’un représentant de mon maître. Et je ne suis qu’un humble serviteur au service de l’Homme.