Navin Ramgoolam, incontournable

Entre les supputations, les convoitises, les ‘koz kozé’ et les négociations d’alliances qui s’accéléreront probablement après un éventuel recomptage des voix au no. 19, le PTr s’érige plus que jamais en position de force. Ce qui rend Navin Ramgoolam incontournable sur l’échiquier politique. L’homme détient donc la carte maîtresse. Car il reste, bon gré mal gré, le leader incontesté, et presque incontestable, du parti rouge. N’en déplaise à ceux qui, de l’extérieur, voulaient orchestrer et provoquer son départ. Ces mêmes personnes semblent aujourd’hui se plier en quatre pour concrétiser une grande alliance, après l’avoir éjecté de l’Entente de l’Opposition dont il était pourtant l’artisan. Ce qui donne donc à Navin Ramgoolam l’ultime pouvoir : celui de sceller, ou pas, un pacte électoral avec un parti ou un regroupement avec qui le PTr s’alliera aux prochaines élections générales, sachant que celles-ci ne sont pas prévues avant deux ans au moins.

Bien qu’ayant connu quelques soucis de santé, Navin Ramgoolam ne laisse entrevoir aucun signe de faiblesse. Et encore moins d’empressement pour contracter une alliance à la va-vite. Il se laisse courtiser. Et prend son temps pour se décider. N’hésitant même pas, dans la foulée, de lancer un laconique « thanks but no thanks » à ceux qui veulent lui dicter ou imposer les termes d’un nouvel accord. Quitte à faire piaffer d’impatience ses partenaires potentiels ou éventuels. S’il peut se permettre cette posture, c’est parce qu’il sait que le principal adversaire du MSM est incontestablement le PTr. Et que, valeur du jour, il demeure lui-même le seul véritable challenger de Pravind Jugnauth. Personne d’autre que lui n’a, jusqu’à preuve du contraire, la trempe et le charisme qu’il faut pour « manze are Pravind ».

Au MSM d’ailleurs, cela se sait. Ce qui explique leur assouplissement vis-à-vis de Navin Ramgoolam, au vu de la chute libre du gouvernement dans l’opinion publique. D’où les rumeurs persistantes sur des tractations et une éventuelle alliance entre le PTr et le MSM. Face à Pravind Jugnauth et son armada de ruses, ni Nando Bodha ni Roshi Bhadain ne font le poids. Malgré le fait que l’idée d’un projet de société lancée par Bodha séduit. Malgré aussi le changement de modèle de gouvernance prôné par Bhadain fait théoriquement mouche. Tout simplement parce que, malgré leurs bonnes intentions après leur parcours et passage au MSM, ces deux premiers-ministrables de l’Alliance de l’Espoir, ne disposent pas encore d’une assise électorale au niveau national. Contrairement à Navin Ramgoolam.

Paul Bérenger et Xavier Duval en sont maintenant conscients. D’où leurs mains tendues, du moins celle du MMM car le PMSD se fait plus discret, une nouvelle fois au leader du PTr après qu’ils eussent écarté ce dernier de toute précédente équation menant à l’Hôtel du gouvernement. L’Alliance de l’Espoir, faut-il encore le souligner, n’a pu jamais vraiment décoller. Un de leurs partenaires avait même publiquement réclamé la démission des députés de l’Opposition avant qu’il ne soit désavoué par les trois autres leaders. Au MMM d’ailleurs, certains, plus conscients des enjeux du realpolitik ruraux, se disent résolument en faveur d’une alliance menée par Navin Ramgoolam. Il en est de même au sein du PMSD. S’ils veulent faire tomber Pravind Jugnauth au risque de le revoir propulser à la tête du pays avec 28% de votes, le MMM et le PMSD doivent impérativement fédérer leurs forces avec celle du PTr dirigé par Navin Ramgoolam. Paul Bérenger l’a avoué lors de sa conférence de presse, hier.

Il y va aussi de la survie politique du MMM et du PMSD car aller aux scrutins avec la configuration actuelle de l’Alliance de l’Espoir équivaudrait à un suicide politique, dont on a vu les prémisses avec la série de démissions au sein de ces deux partis suivant la concrétisation de l’Alliance de l’Espoir. Un scénario qui n’est pas du tout souhaitable à un moment où Bérenger et Duval souhaitent tous les deux assurer la carrière politique de leurs progénitures. Raison pour laquelle le « nothing is agreed until everything is fully agreed » de Bérenger sonne faux.

Un changement radical et en profondeur du système ne sera pas réalisable sans une transition en douceur. Et Navin Ramgoolam a tous les mérites d’assumer le rôle d’un chef de gouvernement de transition. Un nouveau Premier ministre, tel que le souhaite bon nombre de jeunes et de moins jeunes qui ont une aversion pour ceux qu’ils qualifient de « dinosaures », n’aura pas les atouts majeurs dont dispose, par-dessus tout, Navin Ramgoolam : l’expérience, la maturité politique, la ténacité ainsi qu’un impressionnant réseau de contacts sur le plan international. Ces atouts sont indispensables pour sortir le pays du gouffre où il s’est enlisé par le gouvernement de Pravind Jugnauth pour le remettre sur les rails du développement et de la stabilité économique. Un mandat durant lequel les bases d’une vraie politique de rupture seront jetées, tout en formant une nouvelle génération de politiciens aptes à prendre la relève.

Celle-ci est une phase cruciale pour s’assurer que le pays soit légué entre de bonnes mains. Pas comme cela avait été le cas aux dernières élections générales où des jeunes n’ayant aucune notion de la bonne gouvernance et de la gestion du secteur public ont été plébiscités, avec les résultats qu’on le sait. Ceux qui ont la critique facile pour les « dinosaures » doivent prendre bonne note. N’est-ce pas ce même électorat qui avait placé SAJ au pouvoir en raison de son âge avancé et de sa santé précaire ? Certes, on veut tous voir une nouvelle classe de politiciens, les Ramgoolam, Jugnauth, Bérenger et Duval ayant occupé la place pendant trop longtemps. Mais le pays entame un tournant décisif de son destin et qui ne peut être manœuvré par un Capitaine sans habileté et expérience. On est convaincu que Navin Ramgoolam peut être cet homme. À condition bien sûr, qu’il présente aussi une équipe alternante qui est crédible et qui inspire confiance au peuple, et surtout à la jeune génération.

La politique de rupture doit être non seulement palpable dans le programme électoral, mais aussi visible à travers l’équipe qui sera présentée. Cela est encore plus important parce que la prochaine campagne électorale du MSM se jouera sur fond d’appât du gain financier. Puisque Lakwizinn sait qu’il ne pourra plus s’acharner sur le leader du PTr à travers des affaires en Cour, celles-ci ayant été rayées les unes après les autres. Il ne sera plus question aussi de relever des affaires de mœurs, ‘deepfake’ ou pas, car du côté de la moralité, les membres du MSM ont prouvé qu’ils peuvent faire pire. D’où l’importance que Navin Ramgoolam soit entouré d’une équipe qui reflète cette politique de rupture qu’il préconise maintenant depuis plusieurs années, mais qui n’avait pas été tout à fait tangible lors des scrutins de 2019. Ce qui a aussi causé du tort au PTr, parallèlement à la campagne de « character assassination » et aux irrégularités notées durant les élections.

Bref, Navin Ramgoolam demeure, pour le moment, maître de la situation politique. On présume qu’il bougera ses pions après mûre réflexion, même si Bérenger affirme qu’on devra être fixé sur une grande alliance de l’Opposition dans les jours à venir. Techniquement, rien ne presse. Que fera finalement le principal concerné ? That is the question